La fille du train

Je suis dans le train, direction Genève. Dehors, les arbres, nus, défilent. Les dernières feuilles brunes, vestiges d’un automne trop long, se décrochent des branches mortes pour atteindre le sol avec une grâce et une lenteur implacables. Accrochée à mon papier et à ma plume, je les regarde tomber, tentant vainement de décrire leur danse macabrement belle.

Le train ralentit. Dehors, le paysage a changé. La froide nature a laissé place à une succession de bâtiments délabrés, souvenirs d’un passage humain trop éprouvant. Ma main, hésitante, a peine à enjoliver une vue aussi rebutante.

Une voix retentit dans les haut-parleurs, et un vent froid s’engouffre dans mon wagon, troublant la paix de mon inspiration. J’en perds mon stylo. En me penchant pour le ramasser, je peux observer les pieds des nouveaux arrivés. Ces pieds-ci ont affronté la neige. Ceux-là, moins chanceux, ont traîné dans la boue. Ceux-là encore sont décidément joliment chaussés !

En me relevant, je l’aperçois. Elle me regarde, me sourit, et s’installe en face de moi.

Elle est rayonnante.

Je ne peux m’empêcher de la dévisager. Son énergie, contagieuse, me donne envie de chanter. Elle me regarde et me sourit.
Son sourire est radieux.
Je retourne à l’écriture de ma lettre, jetant parfois un œil sur la nature défilante, en quête de poésie. Elle m’épie. Un sourire esquisse son visage. Elle sort à son tour un carnet – journal intime, sans doute – et y dépose ses mots. Son écriture est ronde et fluide. « J’en ai assez de jouer les filles parfaites » puis-je y lire. Je ne vois pas la suite.

Parfois, je surprends son regard se promener sur moi, et son sourire éclatant me foudroie lorsque nos regards se croisent.

Elle est belle.

Enveloppée d’une aura éclatante. Son sourire est mirage et ses yeux songerie. Elle rêve parfois, regardant au dehors, et sa mélancolie me rappelle un pays, dans des contrées perdues appelées paradis.

J’aimerais lui parler. Mais le courage me manque. Et, entre les sourires esquissés et les mots griffonnés, je lui écris une lettre. Brève, belle, comme cette rencontre. Aurai-je la témérité de la lui tendre ?

Le temps passe, le paysage défile, et bientôt nous arrivons à sa destination. Elle se relève, se rhabille. Son manteau la drape avec élégance, et je n’ose pas. Elle se lève, et va partir. Le temps me manque. Je suffoque.

« Excuse moi ? »

Je l’ai dit. D’une toute petite voix, mais je l’ai dit. Elle se retourne, ses cheveux flottent.

« oui ? »

Je lui tends la lettre, incapable de parler. Ses yeux s’arrondissent, elle sourit. Radieuse, elle me remercie, et s’en va, sa lettre entre les doigts.

Me répondra-t-elle ?

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