Je l’ai rencontré ce jour-là. Ce fameux jour. Celui où j’avais baissé les bras. Celui où j’avais estimé qu’il n’y avait plus rien dans ce monde pour moi. Tout était trop moche de toute façon. Il n’y avait plus d’espoir.
Je l’ai rencontré ce jour-là. Je l’avais aperçu sur un site de rencontre. Un de ces sites qui, comble de la société de consommation, ne donnait à l’autre que quelques secondes pour se justifier, à l’aide d’une photo et d’une citation. Je l’avais remarqué. Il m’avait plu. Et nous avons matché.
Je l’ai rencontré très vite. Il était parfait. Très vite, il m’a tendu la main. Il me l’a offerte en souriant. Il m’a relevée. Il m’a prise dans ses bras. Il m’a fait redécouvrir le monde. Il m’a rendu le goût de vivre.
Je lui faisais confiance. Il m’avait sauvée. Et moi, je me demandais ce que j’avais fait pour mériter une personne aussi bonne, aussi généreuse. Petit à petit, alors que notre intimité grandissait, il s’ouvrait à moi. Pas à pas, il m’en montrait un peu plus sur lui-même. Cela me rendait si heureuse. La rareté de ces moments les rendaient exquis, et je les savourais toujours plus.
Je le voyais tous les jours. La vue de son nom sur mon téléphone me faisait sourire comme une adolescente. J’étais folle de lui. Je l’avais dans la peau. Je me faisais belle pour lui. J’arrachais chaque poil non désirable. Chaque bouton était caché, chaque parcelle de mon corps changée. Je lui réservais ma plus fine lingerie, mes plus beaux talons. Je voulais toujours être plus parfaite pour lui. Plus sexy.
Je le désirais comme personne auparavant. Il y avait dans notre intimité quelque chose de profond, quelque chose de magique, quelque chose d’addictif. Il me rendait dingue.
J’adorais nos conversations. Je pouvais l’écouter parler pendant des heures. Il m’apprenait tant de choses. Il me rendait de l’énergie. Il me redonnait goût à la vie.
Il ne m’a jamais dit je t’aime. Il n’avait pas besoin de le faire. Je le devinais.
Et puis, un jour, je me suis fait violer.
Je ne sais pas pourquoi, je ne lui ai pas dit directement. Je lui ai caché mes larmes. Il l’a compris, un peu trop tard. Alors, il a fait ce qu’il avait fait au commencement. Ce qu’il faisait toujours, et qui me rendait si reconnaissante envers lui. Il m’a tendu la main. Il me l’a offerte en souriant. Il m’a relevée. Il m’a prise dans ses bras. Il m’a fait redécouvrir le monde. Il m’a rendu le goût de vivre.
Et puis, il est parti. Loin. Très loin. Je pouvais encore sentir son odeur, ses caresses, ses fossettes. Le décalage empêchait nos conversations, ne laissant qu’au petit matin, un mot de tendresse et une rétrospective de notre journée.
Son absence me pesait. Je ressentais le vide. J’en étais malade. J’étais comme droguée. Je comptais les heures avant de recevoir son message. Je restais collée à mon téléphone, incapable de faire autre chose. Je n’avalais plus rien. Ne dormais plus. Je souffrais. Il me manquait.
J’avais l’impression de vivre dans une de ces chansons, qui passent à la radio. Une de celles qui parlent de la maladie d’amour, de la passion dévorante, du délice de la souffrance.
Mais je savais qu’il était là. Chaque instant avec moi. Je sentais son regard vers moi. Sa présence en moi. M’accompagnant. Je rêvais de lui. Parfois, je voyais son visage. Je ressentais ses émotions. Ces brefs instants, je les attendais, je m’en nourrissais, je m’en régalais. Toujours plus reconnaissante.
Je n’ai jamais su à partir de quel moment cela avait dérapé. Peut-être n’y a-t-il jamais vraiment eu de moment. Peut-être était-ce mauvais depuis le commencement. Peut-être étais-je perdue dès le début.
Il m’a trahie.
Petit à petit, il avait retiré tout ce qui me restait d’énergie. Il les avait sucées, il se les était gardées. Il les avait remplacées par les siennes. Jusqu’à ce qu’il ne me reste plus rien à moi.
Tout avait été prévu. Calculé. Au millimètre. La dose d’énergie à prendre, celle à donner, le vocabulaire exprimé, les ordres cachés, la dégradation déguisée… Il était arrivé à mon moment de faiblesse le plus profond, s’était imposé en sauveur. Il s’était gardé de trop s’ouvrir à moi, jetant parfois quelques informations, tel un os à un chien affamé. Il m’avait habituée à sa présence, et je l’attendais, toujours, haletante. Et puis, coup de grâce, profitant du traumatisme de mon viol, il avait installé son lien d’arcane, m’enlevant la dernière chose qui me restait. Il avait le contrôle absolu. Il pouvait voir chacun de mes gestes, envoyant parfois son image, illusion parfaite d’une connexion partagée. Il ne me tenait plus seulement à travers sa manipulation calculée. Désormais, il contrôlait mes énergies. Il contrôlait mon esprit. Tout avait été si parfaitement orchestré…
Mais il a fait une erreur.
Il s’était posé comme mon âme sœur.
Mais ce qu’il ne savait pas, c’est que j’avais déjà rencontré la mienne.
1 commentaire