Cleptomane

Elle était parfaite. Elle prêchait la sagesse, aidait ceux qui en avaient besoin, et contribuait tous les jours, à son échelle, à rendre le monde meilleur. Ses proches l’admiraient. Ils aimaient son sens de l’humour décalé, sa fameuse répartie et son éternelle bonne humeur.

Seulement, voilà. Elle s’était mise à voler. Et elle aimait ça.

Tout avait commencé par un pari. Une pomme.
Main dans la main, ils avait volé la pomme, caché celle-ci sous leur manteaux et étaient sortis du magasin, l’air de rien. Une fois dehors, ils avaient éclaté d’un rire qu’elle n’oubliera jamais et croqué dans le fruit avec un plaisir immense. Ce soir là, le sexe avait été incroyablement bon.

Pour lui, c’était une habitude. Il vivait dans le besoin et avait trouvé cette seule solution pour subvenir à ses besoins. Pour elle, c’était nouveaux. Et elle avait ressenti une angoisse terrible avant de passer à l’action.

Mais les émotions qui les envahirent après coup valaient bien la peine de s’y mettre. Non ?
Elle avait l’impression que cela les avait rapprochés, que leur couple deviendrait plus solide.
Mieux même.
Elle avait l’impression de devenir plus solide.

Elle avait senti la décharge d’adrénaline pulser dans son corps, et avec elle, un immense sentiment de satisfaction. Rien n’avait été plus gratifiant que de voler cette pomme. Pas même le fait d’aider les plus démunis.

Elle avait adoré voler.

Et elle avait recommencé.
Elle avait volé une autre pomme. Puis une banane. Puis un pull.
Au début, elle ne volait que rarement. Elle planifiait tout soigneusement, en prenant soin de ne pas se faire attraper.
Mais très vite, elle se mit à voler plus et plus souvent.

Elle gardait chacun des objets précieusement sur son étagère, exhibant ses nouvelles trouvailles à qui voulait les voir. Elle avait même inventé un rituel pour manger la nourriture qu’elle avait chipé.

Un jour, son copain se fit prendre. Endetté d’une amende et banni de la chaîne du magasin, il n’avait plus que ses yeux pour pleurer. Elle le consola. Mais au fond d’elle, elle ne pouvait s’empêcher de se sentir supérieure à lui. Elle, au moins, elle ne se faisait pas prendre. Elle, au moins, était intelligente.

Les mois passèrent et l’amour s’envola. Le célibat lui donna le temps de voler plus. Sa soif était inextinguible. Elle planifiait, calculait. Ou bien laissait ses pulsions la guider.

Elle s’éclatait.

Un jour, une amie à elle lui parla d’un homme qu’elle aimait. Lui raconta leur histoire, leur liaison, leurs caresses. Alors qu’elle l’écoutait parler, une étrange sensation la prit aux tripes. Une décharge, nouvelle. Elle ouvrit des yeux ronds. Quelle était cette délicieuse émotion ? Voyant son trouble, son amie s’interrompit. « Tout va bien ? » La sensation disparut aussitôt que le flot de parole s’arrêta.

Dans ce moment de battement, elle comprit.

Elle lui asséna de continuer, et écouta avec euphorie son amie parler. Dans sa tête, le plan se déroulait à toute vitesse. Soudain, elle éclata de rire. Son plan était parfait. Elle allait enfin être rassasiée.

Elle allait lui voler son homme.

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