Il était une fois une jeune princesse qui rêvait de devenir saltimbanque. Elle aspirait à faire rire les gens de tous milieux et leur apporter la joie à travers la musique et les mots.
Mais ses parents ne le voyaient pas de cette manière. Elle avait un devoir à fournir, une image à préserver. Une princesse ne pouvait pas être une vulgaire saltimbanque, voyons ! Bien sûr, une éducation musicale et théâtrale lui avait été fournie, mais si elle devait jouer, ce serait dans les plus grands théâtre, devant la plus haute noblesse !
La princesse, triste de ne pas pouvoir accomplir son plus grand rêve, chantait alors pour le vent, pour les arbres, pour les fontaines, confiant son chagrin à ces esprits qui l’écoutaient vocaliser avec délice.
La jeune fille avait passé sa plus tendre enfance dans les jardins de la reine, sans jamais vraiment voir le monde. Elle demandait alors à Louis, le fils de l’écuyer, de lui décrire les paysages sauvages qu’il visitait. Le jeune garçon, s’emparait alors de sa lyre, chantant la grandeur des montagnes et la splendeur des océans. La princesse ouvrait de grands yeux curieux et pétillants, soupirant d’admiration et battant des mains, riant. Plus tard, elle rêvait de ces contrées lointaines et en écrivait des poèmes, qu’elle allait ensuite déclamer à la fontaine.
Un jour qu’elle s’amusait à faire rire son ami dans les écuries, la lourde porte d’entrée vola. Dans un tonnerre assourdissant, la reine apparut. « Comment osez-vous fréquenter ma fille, odieux personnage ? » tonna la sévère voix de la souveraine « Un fils d’écuyer reste dans ses écuries ! Je vous apprendrai à endoctriner ma fille, la princesse ! Gardes ! Jetez ce jeune effronté aux cachots ! » Deux gardes apparurent de derrière la reine et l’entraînèrent par les oreilles.
« Et vous, mademoiselle ! » continua-t-elle « Quelle honte vous faites à votre famille, à votre pays ! Une princesse se doit de donner l’exemple et reste digne ! Vous serez enfermée dans votre chambre et apprendrez les bonnes manières ! Gardes ! Emparez-vous d’elle ! » Deux autres gardes la saisirent par les oreilles et l’entrainèrent dans ses quartiers. La jeune princesse se débattait et pleurait devant tant d’injustice, mais les mains des gardes restaient fermes et ne la laissaient pas s’enfuir.
La princesse resta ainsi enfermée trois jours durant, sanglotant de tout son corps. Mais la jeune fille était téméraire. Elle envoya secrètement des petits mots à son jeune écuyer, par l’intermédiaire de son pigeon voyageur, et, ensemble, ils élaborèrent un plan de fuite.
Le troisième jour, lorsque la reine revint chercher sa fille, celle-ci se révéla être la princesse qu’elle avait toujours rêvé d’avoir. Mais le soir, alors que le palais s’endormait, la parfaite petite princesse se glissa dans les cachots, déroba les clefs, et délivra son écuyer. Elle lui tendit sa lyre, et ensemble, ils coururent vers les écuries subtiliser un cheval.
Mais leur fuite n’allait pas être aussi simple. L’un des gardes s’aperçut de la tromperie, sonna l’alarme, et en quelques minutes, le palais entier était réveillé, fouillant chaque recoin du château afin de retrouver les deux insolents. Si bien que, lorsque les deux enfants sortirent de l’écurie, une horde de soldats et une reine en furie – et en pyjama – les attendait.
La jeune princesse se figea de terreur. Mais Louis posa la main sur l’épaule de la princesse, et lui chuchota : « Princesse, n’est-il pas temps de vous envoler ? » Ces mots lui rendirent son courage et elle hua le cheval, qui bondit magistralement par-dessus la barrière de gardes et galopa vers l’obscure forêt.
Mais la reine n’avait pas dit son dernier mot, et dans un dernier élan de rage, elle lança un sort en direction des fugitifs. Un jet de lumière s’échappa alors de ses mains et alla frapper les deux enfants, touchant d’abord le jeune écuyer, rebondissant sur son front, pour terminer sa course dans la gorge de la princesse.
La reine hurlait, ordonnant à ses gardes de rattraper les deux impudents, mais il était trop tard.
Les cavaliers avaient disparu dans la nuit noire.
A suivre…